Ne jamais forcer sur laporte d’un coffre-fort pour la fermer !

Démarré par La Truffe, Décembre 21, 2013, 09:07:14 PM

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La Truffe

Bonjour à tous,

A défaut de pouvoir vous donner des conseils techniques, un petit rappel et une petite histoire.

En parcourant le Forum vous pourrez y lire des histoires de portes qui ne veulent pas s'ouvrir nécessitant de pousser fortement la porte, de la frapper avec un maillet ou de la tirer avec une ventouse. Cela peut avoir beaucoup de causes et les spécialistes vous expliqueront le pourquoi du comment. Mais il peut s'agir tout simplement de quelque chose qui dépasse d'une tablette et fait coincer la porte.

A ce sujet une petite histoire qui est arrivée à un technicien-serrurier-revendeur. Bien entendu pour des questions de confidentialité bien compréhensibles je ne donnerai pas de détails trop précis et les professionnels m'excuseront d'énoncer des choses bien connues par eux.

Il y a environ 40 ans la société Carmine (ex Bordier), société française fabriquant des coffres-forts à Saint Amand Montrond (Cher), avait une très belle gamme de produits équivalents en résistance, ou tout au moins en principe selon les normes CTA de l'époque, au plus haut de gamme chez les concurrents (GC68, 785 et autres). En l'occurrence il s'agissait du modèle TGR500. TGR pour Très Grand Risque et 500 pour la gamme, les gammes inférieures étant les 400 ; 300 etc.avec des noms de type RI (Risque Important) ou RM (Risque Moyen). A ma connaissance la serrure à pompe à clé était une fabrication maison, ou spécifique pour eux, avec une combinaison à 4 tubes compteurs de 20 positions. Par sécurité une serrure horaire mécanique à 3 horloges pouvait être adjointe pour interdire l'ouverture du coffre pendant un certain temps (144 heures de mémoire) et je pense qu'il devait s'agir d'une S&G (Sargent & Greenleaf) grand constructeur américain de serrures.

Bien entendu, pour des raisons commerciales, Carmine, comme tous les fabricants, avait une version Administration qui était quasiment équiV. au modèle commercial. En l'occurrence il s'agissait d'un 240 litres pour 2500 kg avec une petite feinte amusante dans le détail et assez efficace tant qu'elle n'était pas connue de gens mal intentionnés.

Un matin impossible pour cette brave fonctionnaire d'ouvrir son coffre. Appel au technicien qui ne voit pas pourquoi ce coffre est complètement bloqué. Coffre très récent, la responsable ne lui fait part d'aucun problèmes particuliers...sauf que, oui, peut-être, à y bien réfléchir il peut être possible que la porte ait un peu, mais pas beaucoup forcé à la fermeture. Donc pas de diagnostique pour les techniciens dubitatifs devant ce coffre en panne et impossible à ouvrir avec clé et combinaison.

Rendez-vous le lendemain matin à 3 heures, on retourne la bête heureusement pas fixée et on attaque. Encore une fois je ne suis pas spécialiste et nos caciques du Forum n'auraient peut-être pas procédé ainsi mais ils font un trou de la taille d'une boite de sucre (vous avez dit endoscope ?) se disant que ce n'était pas normal, qu'il fallait voir ce qu'il en était et qu'il valait mieux avoir de la place pour l'inspection. Au bout d'un certain temps, et même d'un temps certain, et les spécialistes verront sur quelle « Magma » les techniciens sont tombés, l'amiante étant un des moins mauvais produit du lot, le trou est pratiqué et on peut explorer la bête. En bon serrurier madré le patron dit de regarder mais ne pas toucher pas et l'équipe de technicien comprend et appelle la fonctionnaire qui n'était pas bien loin, sécurité administrative oblige.

Bon, à ce stade je pense que les professionnels auront compris à défaut de connaître l'histoire. En rangeant le soir, peu-être un peu trop précipitamment, un dossier fortement cartonné celui-ci s'est trouvé légèrement de biais avec un angle débordant de quelques millimètres de l'étagère. Par ces hasards malheureux qui font les accidents l'angle de ce dossier s'est trouvé en buttée sur le bouton poussoir armant la serrure horaire. En conséquence à l'expiration du temps de fermeture de la serrure horaire ce bouton n'a pas pu se déclencher pour reprendre sa position initiale et débloquer la tringlerie ne permettant donc plus l'ouverture du coffre.

Le serrurier a fait constaté à cette fonctionnaire que malheureusement pour elle la faute n'était pas vraiment imputable au coffre mais que néanmoins il allait signaler l'incident au constructeur pour qu'un petit cache pivotant ou coulissant vienne obturé ce bouton maléfique afin d'éviter qu'une telle mésaventure ne se reproduise pas, car il est bien évident qu'il n'y a que les gens qui ne font rien qui ne se trompent pas et qu'il comprenait très bien que surchargée de travail, harassée sous le poids des responsabilités, alors peut-être même qu'on l'appelait par ailleurs parce qu'il est bien évident qu'elle est incontournable dans son écrasante mission et que... vous connaissez la suite: "Touchez ma bosse Monseigneur pendant que je me penche pour cirer vos pompes." (ici pompes ça veut dire chaussures...)

Il n'y avait plus qu'à reboucher le trou en essayant d'imaginer toutes les nouvelles cochonneries et pièges qu'on pouvait inventer, à armaturer, incorporer, couler, projeter, souder, meuler, mastiquer et peindre pour que ce soit mieux que l'original et invisible... et enfin, et ce n'est pas le plus inintéressant dans ce genre d'opérations, à envoyer la facture, car comme un service de la République Française a été complètement bloqué un certain temps on est moins regardant sur le montant de la facture d'autant plus que la fonctionnaire en question n'était pas vraiment à l'aise dans la responsabilité lui incombant dans ce "dysfonctionnement" que bien entendu ce comprenant serrurier n'avait pas relevé à sa hiérarchie.

J'espère avoir été clair dans mes explications. Les professionnels ne m'en voudront pas si mes termes techniques ne sont pas les bons et peut-être pour des erreurs biens involontaires que je corrigerai en édition s'ils me les signalent.
Je garantis que l'histoire est vrai, en tout cas qu'elle m'a été racontée ainsi, et de toute façon une chose pareille ne peut pas s'inventer, c'est comme l'histoire de la tragédie du Concorde de Gonesse qui n'a été qu'une succession de pas de chances, mais en moins tragique heureusement.

Que cette histoire serve de leçon même si les serrures horaires mécaniques ont quasiment disparu au profit de l'électronique. Je sais que l'un d'entre vous adore les systèmes mécaniques et il a sûrement raison, je n'ai pas la compétence pour le contredire. Néanmoins je connais un professionnel qui n'utilise pas sa serrure horaire mécanique sur son coffre, il est spécialiste en horlogerie et connaît la musique... les spécialistes apprécieront et verront ce qui veut être dit et qui n'est pas une certitude que j'énonce mais seulement le point de vue d'un horloger.

Conclusion : on ne force pas sur la porte d'un coffre-fort pour la fermer, ça n'amène rien de bon et il faut se rappeler que si c'est un produit résistant c'est aussi de la serrurerie de précision qui ne doit pas être malmenée, tout au moins quand on n'a que de bonnes intentions avec lui. Pour le reste quand on devient méchant avec son coffre-fort il devient très facilement récalcitrant, têtu, butté, et il se referme, définitivement pour les néophytes, sur lui-même ! On n'a plus alors qu'à faire appel aux doigts d'or (et parfois à prix d'or) des spécialistes. Maintenant vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas et que vous n'étiez pas prévenu.

Cordialement et bon week-end à tous.
La sécurité est un état d'esprit global.
"Je fais un sale métier, mais j'ai une excuse, je le fais salement" Le Voleur film de 1966.

kristof

Bonjour merci pour ce partage d'expérience, ça coule de source quand on connait un peu la serrurerie, mais c'est un rappel utile !

gros

Ce type d'incident n'était vraiment pas rare
vécu sur un Gc 100 et résolu en penchant le coffre vers l'arrière jusqu'à ce qu'il s'appuie un peu brusquement contre le mur (en béton)
La Sh était une Rench, et elle avait une protection autour du doigt..et pourtant